Table citoyenne des Tv de proximité - 12 mai 2011
1 – Que reprochons nous à la télévision ?
La télévision pâtit d’une mainmise du privé sur les médias. De nombreuses chaînes sont détenues par de grands groupes industriels (communication, armement, bâtiment, eau…). Elle est également instrumentalisée, voire confisquée par le pouvoir. La télévision est devenue en France une affaire de pouvoir.

Trop formatée et trop répétitive, elle propose les mêmes programmes sur toutes les chaînes. Les bonnes émissions sont programmées tard la nuit.
La télévision est devenue la nounou des enfants. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce média.
Recherchant l’audience à tout prix, elle est devenue un média de masse. Elle favorise l’individualisme, la pensée unique. Elle fait son beurre sur les peurs sociales. La télévision ne fait pas de place à la représentation citoyenne, associative : on n’y voit pas la vie locale, celle des quartiers.
Contrairement aux pays anglo-saxons, il n’existe pas en France de gardien de la déontologie dans la démarche journalistique.
2 – Qu’attendons nous de la télévision, et plus particulièrement d’une télévision locale ?
La télévision doit proposer un espace de débat autant qu’un espace de divertissement. Elle doit être mobile, permettre l’échange avec les autres, qu’ils soient dans notre localité ou éloignés de notre territoire. Elle doit permettre le partage des savoirs et des opinions. Elle doit passer de mass média à un commun numérique qui facilite la participation des citoyens.
La télévision doit être un champ d’expérimentation du collectif. Elle doit apprendre à penser, elle doit susciter le faire ensemble, l’innovation, la création.
Elle doit faire une place plus large aux activités issues de l’économie sociale et solidaire. La télévision locale doit montrer les productions des créateurs et producteurs locaux. Il existe une production audiovisuelle riche en région et montrée nulle part, que la télévision locale pourrait valoriser.
Le critère de l’audience et de viabilité économique ne doivent pas être les critères prioritaires dans l’attribution des fréquences et dans la construction des grilles de programmes.
Que proposons nous comme alternative ? Quels axes de développement pour une autre télévision ? Contenus, programmes, équipe, éthique, objectifs, gestion, financement…
La Fédération des Vidéos des Pays et des Quartiers réunie avec des habitants au cours de cette table citoyenne, demande au législateur de considérer dans le paysage audiovisuel local français l’existence de télévisions associatives de proximité : des télévisions de médiation, d'expression, faites avec et pour les citoyens, dans un but de développement local.
A ce propos, nous invitons le législateur à consulter les deux textes européens suivants :
- la Résolution du Parlement Européen du 25 septembre 2008 sur les médias associatifs en Europe
- la Déclaration du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe
Textes qui se sont très clairement exprimés sur le rôle des médias associatifs dans la promotion de la cohésion sociale et du dialogue interculturel.
Voir les textes sur http://vdpq.org/pages/textes-institutionnels-relatifs-aux-medias-associatifs-en-europe
Il est manifeste que le législateur européen reconnaît aujourd’hui le rôle majeur des télévisions associatives locales et préconise un soutien appuyé des états et des collectivités à ces médias.
Nous demandons au législateur de se prononcer sur les engagements suivants :
1. Les citoyens ont le droit de bénéficier de télévisions locales participatives, leur permettant d'avoir un droit de regard et d'intervention dans l'élaboration des programmes.
2. Révision du primat donné au critère de viabilité économique dans le cadre des attributions de fréquences par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel : ce critère ne doit pas être prioritaire sur celui du service public rendu à la collectivité; Il ne doit pas mettre en concurrence déloyale sur une candidature à une même fréquence, une télévision commerciale et une télévision associative à but non lucratif.
3. Obligation pour toute chaîne de télévision subventionnée par les collectivités locales de rendre compte à un comité d’experts locaux, du service public rendu à la collectivité, selon des critères de qualité d’expression citoyenne et de participation citoyenne mesurables.
4. Obligation pour les chaînes locales hertziennes d'attribuer en gestion éditoriale autonome une part de leur canal à une proportion conséquente de programmes réalisés dans une démarche participative fondée sur une pratique réelle de la télévision par les habitants.
5. Création d’un fonds de soutien à l’expression télévisuelle citoyenne, participative et de proximité en accord avec les fédérations de radios associatives.
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